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OL : « La venue de John Textor permet une transition sans heurts », estime l’économiste du sport Jean-Pascal Gayant

  • L’entrepreneur américain John Textor (56 ans) vient d’être présenté ce mardi après-midi au Parc OL en tant que nouvel actionnaire majoritaire de l’Olympique Lyonnais.
  • Sa prochaine arrivée à la tête du club, annoncée dans un communiqué d’OL Groupe lundi soir, s’accompagne du maintien de Jean-Michel Aulas pendant « au moins trois ans » en tant que PDG de l’OL.
  • L’économiste du sport Jean-Pascal Gayant décrypte pour 20 Minutes les enjeux de ce choix de nouvelle ère à Lyon.

Même les supporteurs lyonnais, incollables sur la notion d’EBITDA grâce à Jean-Michel Aulas, n’ont pas pu saisir toutes les subtilités de l’interminable communiqué d’OL Groupe publié lundi soir. Au lendemain de l’ouverture des négociations exclusives avec le groupe américain Eagle Football Holdings, pour le rachat de 66,56 % des parts du club, 20 Minutes se penche avec l’économiste du sport Jean-Pascal Gayant sur les subtilités de ce lancement de nouvelle ère à l’OL, avec comme nouveau boss John Textor.

Qu’est-ce qui vous marque en premier dans l’opération financière majeure dévoilée lundi soir par OL Groupe ?

C’est intéressant de voir comment Jean-Michel Aulas a préparé sa sortie avec beaucoup de subtilité, en homme d’affaires avisé. Il a manifestement trouvé un terrain d’entente avec John Textor, en restant président pendant au moins trois ans pour assurer la transition. Il confie son club à quelqu’un en qui il a confiance. Ce n’est pas un fonds d’investissement pur mais vraiment quelqu’un qui souhaite être un patron de club investi, désireux de regarder ce qu’il se passe sur le plan sportif. Il ne sera pas là pour essayer de faire fructifier l’argent de futurs pensionnés américains voulant une revente du club au bout de six ans. A ma connaissance, on ne risque pas d’être face à un leveraged buy-out [LBO, ou achat à effet de levier], comme peut le faire Gérard Lopez. John Textor a suffisamment de surface financière.

Depuis lundi soir, on parle de « négociations exclusives », mais l’issue ne semble pas faire le moindre doute, contrairement par exemple à l’ASSE en 2018 avec Peak6 Investments, non ?

Vu l’état d’avancement, ça sent très bon, même si ça peut toujours capoter au dernier moment. On sent bien que rien n’est improvisé, à l’image de Jean-Michel Aulas. C’est quelqu’un qui est tout en maîtrise dans le domaine des affaires, avec deux coups d’avance, et on sent qu’il a très largement déterminé le profil de la transition.

N’êtes-vous pas surpris de voir autant de précisions apparaître dans le communiqué, jusqu’au maintien de Jean-Michel Aulas comme PDG durant au moins trois ans ?

Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi détaillé et clair. C’est vraiment une pratique d’entreprise cotée en Bourse et ça n’a rien à voir avec ce qui a pu se passer à Marseille avec McCourt ou à Nice avec Ratcliffe. On sent que ce projet a été monté de façon extrêmement ciselée. Cette communication est un peu à l’américaine. Dans le monde du business, on aime avoir des informations financières précises et complètes. Il faut dire qu’une offre publique d’achat (OPA) est en place, et ça nécessite une transparence de l’information pour pouvoir la mener à bien.

A la lecture de ce communiqué, comment vont selon vous s’organiser les décisions à la tête du club ?

On est vraiment sur une opération de transmission du pouvoir réfléchie de Jean-Michel Aulas à destination de John Textor. Ce design de transmission est très cadré et intéressant pour la préservation d’OL Groupe. On sent que la volonté de Jean-Michel Aulas est d’anticiper, de prévoir et de contrôler la transition.

Que vous inspire la présence de John Textor, en tant qu’actionnaire, au sein de trois autres clubs professionnels (Botafogo, Crystal Palace et Molenbeek) ?

C’est un peu le phénomène City Group ou Red Bull, qui possèdent entre cinq et dix clubs dans le monde. On peut se prêter des joueurs, avoir une complémentarité entre les clubs en changeant quelques pions, et appliquer certains principes communs au niveau de la formation. Dans une optique de multinationale, il peut y avoir des succursales un peu partout, avec une production standardisée, et une logique de marché. L’idée est de créer des empires, des multinationales, et ça touche le spectacle sportif aujourd’hui. Comme dans tout secteur industriel, cette pratique permet d’atténuer les conséquences des aléas : on peut se permettre d’avoir une succursale où ça se passe mal sportivement. Le plus important, c’est que les autres soient rentables. On est dans une logique de diversification de portefeuille au sens très large. L’internationalisation des groupes du spectacle sportif est en plein développement. La logique territoriale est importante pour les investisseurs américains et John Textor a en l’occurrence choisi Lyon, Bruxelles, Londres et Rio, que des très grandes métropoles. Lyon a beaucoup d’atouts pour un investissement sur le long terme comme celui qui se profile là.

Avec l’augmentation de capital annoncée de 86 millions d’euros, doit-on s’attendre à un énorme mercato estival de l’OL ?

Cet apport en capital neuf peut permettre à l’OL (8e en Ligue 1 cette saison) de repasser devant d’autres clubs en vue d’une qualification en Ligue des champions. L’argent frais peut servir à rembourser par anticipation une partie du stade ou de l’Arena, mais je ne suis pas sûr que ça soit l’option choisie. Ça va laisser des marges de manœuvre sur le mercato, où ces liquidités peuvent être mobilisées. Il ne faut pas oublier que l’OL va aussi toucher les 90 millions d’euros de la société commerciale de la LFP, après l’arrivée du fonds d’investissement CVC. Entre les jeunes issus de la formation et des recrues potentiellement intéressantes à venir en plus de Lacazette, on peut donc imaginer une vraie compétitivité de l’OL la saison prochaine.

Comment peut se comporter John Textor sur le plan sportif cet été, quand on sait qu’il a maintenu le président Thierry Dailly à Molenbeek (D2 belge) mais aussi impulsé un changement d’entraîneur dès son arrivée à Botafogo (Brésil) ?

Comme il a prévu que Jean-Michel Aulas reste au moins trois ans président de l’OL, ça indique qu’il fait confiance à sa gouvernance et à ses choix d’entraîneurs. Il n’est pas fou, il connaît moins de choses qu’Aulas sur le foot, et qui plus est sur ce club. Il part dans l’idée de largement lui laisser les clés pendant encore trois ans. Il va apprendre à son contact, ça va être un partage d’expérience et ça permet une transition douce. Si Aulas veut garder Peter Bosz, il l’acceptera. Ça m’étonnerait qu’il arrive avec des idées préconçues pour tout changer à l’OL. Mais on va quand même voir émerger John Textor, car il faut qu’il prenne ses marques et qu’il impose sa griffe, vu qu’il va être le patron. L’idée est de permettre une transition sans heurts, que l’Olympique Lyonnais ne soit pas déstabilisé.

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