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« Pour tenir la grève, j’ai prévu de faire un crédit de 2000 euros »

A la veille des annonces d’Edouard Philippe, les blocages des dépôts de bus continuent en Ile-de-France. Et le mouvement promet de durer. Reportage.

Il est à peine 5 heures du matin ce 10 décembre, la ville est encore endormie. Sur le trottoir, devant le dépôt de la RATP de Flandres à Pantin (93), un groupe d’une cinquantaine de personnes s’active. Des banderoles sont hissées, une table avec des cafés et des gâteaux dressée, des feux dans des braseros allumés. Alors qu’une playlist tourne en boucle sur une enceinte – La Fuite, de Vegedream et DJ Leska passera plusieurs fois -, quelques étudiants et professeurs bloquent la sortie des 170 bus, sous le regard complice des agents en grève de la régie parisienne. Un coup de main précieux. Les salariés de la RATP n’ont en effet pas le droit d’empêcher les bus de partir : ils risqueraient d’être sanctionnés, voire de perdre leur poste. Un huissier dépêché par la direction veille au grain.

« Cela nous redonne du boost pour tenir longtemps », sourit Ahmed, secrétaire de la section CGT de la RATP qui espère que de nombreuses autres professions vont rejoindre le mouvement… Son objectif : « le retrait de la réforme » des retraites. Une revendication partagée par ses collègues de l’Unsa RATP, contrairement au message porté par la confédération sur le plan national. Un antagonisme avec la maison-mère parfaitement assumé. « On est en total désaccord avec Laurent Escure [leur chef de file]« , affirment les militants présents ce matin en vantant leur autonomie.

Professeurs comme salariés de la RATP, tous se méfient d' »un système à points dont on ne connaît pas la valeur », et craignent le passage « à un système par capitalisation ». Tous aussi répètent qu’ils ne se battent pas que pour seulement eux mais pour leurs « passagers » et les « générations futures », fatigués d’être « dépeints dans les médias comme des privilégiés ». « Je ne ne comprends pas pourquoi le privé ne se mobilise pas, souffle David. C’est sans doute un problème syndical. Les organisations ne font pas leur travail. »

Pour l’heure, les effets sont bien là : aucun bus ne sort, dans une « ambiance pacifique », reconnaît l’un des policiers présents sur place. Ils interviendront pour libérer le passage en début de matinée, mais pour les grévistes, comme pour les jours précédents, la mission est accomplie. « En bloquant le dépôt jusqu’à 8 heures, on empêche une bonne partie de la tournée de se faire », affirme Sergio, délégué syndical Unsa.

La « coagulation » se dessine

A une dizaine de kilomètres de là, porte de Vincennes, l’histoire est toute autre. Peu après 4 heures ce mardi matin, la cinquantaine de grévistes présents devant le dépôt de bus RATP de Lagny a eu la surprise de voir débarquer plusieurs voitures de police, venues escorter les « jaunes » [conducteurs non-grévistes] et assurer le départ des bus sans encombre. A leur passage, quelques huées et applaudissements ironiques se font entendre. « lls râlent tous les jours mais quand vient le temps de la grève, ils n’ont pas le courage de tenir tête », maugrée Alexandre, un conducteur de bus de 36 ans, alors que d’autres se montrent plus cléments.

Résultat : contrairement à la veille, tous les véhicules annoncés sont partis sans retard. « Ça ne peut pas marcher à tous les coups, surtout quand on est aussi bien surveillés », devise Alexandre, qui désigne d’un coup de menton le ministère de l’Intérieur, voisin du dépôt.

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